Le redressement judiciaire est la procédure où la paie devient une matière juridique à part entière : chaque euro doit être classé, daté, justifié, puis payé par la bonne caisse.
L'essentiel en six points.
Tout le traitement social du dossier tient à une seule question, posée pour chaque euro dû à chaque salarié : la somme est-elle née avant ou après le jugement d'ouverture ?
| Créances antérieures au jugement | Créances postérieures au jugement | |
|---|---|---|
| Nature | Salaires, primes, congés acquis avant le jugement | Salaires de la période d'observation |
| Traitement | Gelées, portées au relevé de créances salariales | Payées à l'échéance normale C. com. L.622-17 |
| Paiement | Avances AGS sur relevés visés, dans les limites de garantie | Trésorerie de l'entreprise |
| Rang | Superprivilège pour les 60 derniers jours C. trav. L.3253-19 | Privilège des créances postérieures utiles |
Le jugement gèle le passif salarial existant. L'entreprise ne peut plus payer ces sommes directement : elles doivent figurer sur les relevés de créances salariales, seuls documents qui permettent à l'AGS d'avancer les fonds. Le rattachement se fait au jour près, pas au mois.
Chaque élément à cheval sur la date du jugement doit faire l'objet d'une note de rattachement motivée, conservée au dossier. C'est ce document qui permet au mandataire de défendre le relevé en cas de contestation.
La période d'observation ouvre la phase où l'entreprise poursuit son activité sous le contrôle du tribunal, le temps d'apprécier ses chances de redressement. Sa durée est de six mois au plus, renouvelable une fois par décision motivée ; le ministère public peut demander une prolongation exceptionnelle, sans que la durée totale dépasse dix-huit mois C. com. L.621-3, L.631-7.
Pendant cette période, la paie continue. Les salaires nés régulièrement après le jugement pour les besoins de la procédure ou de la poursuite d'activité sont payés à leur échéance normale C. com. L.622-17. Deux conséquences pratiques :
Le suivi mensuel de la masse salariale prend donc une valeur particulière : il alimente le prévisionnel de l'administrateur judiciaire et, à terme, le projet de plan de redressement ou le plan de cession.
Tout employeur de droit privé cotise à l'AGS pour assurer ses salariés contre le risque de non-paiement des sommes qui leur sont dues en cas de procédure collective C. trav. L.3253-6. La cotisation, à la charge exclusive de l'employeur, est fixée à 0,25 % en 2026, sur les rémunérations plafonnées à quatre fois le plafond mensuel de la sécurité sociale.
En redressement judiciaire, la garantie couvre :
Le montant avancé est plafonné selon l'ancienneté du salarié à la date du jugement, par référence au plafond mensuel des contributions d'assurance chômage, soit 16 020 euros en 2026 C. trav. L.3253-17, D.3253-5 :
| Ancienneté à la date du jugement | Plafond appliqué | Montant 2026 |
|---|---|---|
| Moins de 6 mois | 4 fois le plafond mensuel | 64 080 € |
| De 6 mois à 2 ans | 5 fois le plafond mensuel | 80 100 € |
| Plus de 2 ans | 6 fois le plafond mensuel | 96 120 € |
L'AGS avance les fonds au mandataire judiciaire, qui les répartit entre les salariés, et se trouve subrogée dans les droits des salariés pour le montant avancé C. trav. L.3253-16. Ces sommes sont ensuite remboursées par la procédure selon le rang des créances.
Le relevé est la pièce centrale du volet social. Il est établi par le mandataire judiciaire après vérification des créances, le représentant des salariés étant entendu, puis visé par le juge-commissaire et déposé au greffe du tribunal C. com. L.625-1. Deux échéances rythment sa production :
Le dépôt au greffe fait l'objet d'une mesure de publicité. Le salarié dont la créance ne figure pas, en tout ou partie, sur un relevé dispose d'un délai de deux mois à compter de cette publicité pour saisir le conseil de prud'hommes, sous peine de forclusion C. com. L.625-1.
Notre travail consiste à fournir au mandataire les éléments chiffrés qui alimentent ces relevés : décomposition salarié par salarié et rubrique par rubrique, base de calcul, période de rattachement, justificatifs. Le détail de la méthode est décrit sur notre page relevés de créances salariales et AGS.
Les licenciements décidés pendant la période d'observation supposent une ordonnance du juge-commissaire. Elle n'est rendue que pour des licenciements présentant un caractère urgent, inévitable et indispensable, et elle fixe le nombre de suppressions de postes ainsi que les catégories professionnelles concernées C. com. L.631-17. La procédure de licenciement économique de droit commun s'applique ensuite, consultation du comité social et économique comprise.
Points à vérifier avant d'engager les ruptures :
La déclaration sociale nominative continue pendant toute la procédure, à son échéance habituelle, le 5 ou le 15 du mois suivant selon l'effectif et la date de versement des salaires. Le redressement judiciaire impose trois vigilances supplémentaires.
Lorsque les DSN reprises sont déjà dégradées, la remise en état précède la production courante : voir correction des anomalies DSN.
Lorsque le dossier arrive sans historique exploitable, la reprise de paie en urgence précède ces travaux : récupération des données, reconstitution des cumuls, première paie sécurisée en 48 à 72 heures.
Notre rôle est d'éviter au mandataire, à l'administrateur et au dirigeant d'avoir à arbitrer ces questions sans base technique.
Les salaires de la période d'observation sont des créances postérieures : ils restent à la charge de l'entreprise et sont payés à leur échéance normale sur la trésorerie d'exploitation (C. com. art. L.622-17, applicable au redressement par l'article L.631-14). L'AGS n'intervient pas sur ces salaires courants. Elle avance en revanche les sommes dues à la date du jugement et les créances nées de la rupture des contrats pendant la période d'observation.
Six mois au plus, renouvelables une fois par décision motivée du tribunal. Une prolongation exceptionnelle peut être demandée par le ministère public, la durée totale ne pouvant dépasser dix-huit mois (C. com. art. L.621-3, applicable au redressement par l'article L.631-7).
Les rémunérations dues aux salariés pour les soixante derniers jours de travail précédant le jugement d'ouverture, déduction faite des acomptes déjà perçus, et dans la limite d'un plafond mensuel identique pour toutes les catégories de salariés (C. trav. art. L.3253-19). Ces sommes sont payées avant les autres créanciers et figurent sur le premier relevé transmis à l'AGS.
La garantie est plafonnée selon l'ancienneté du salarié à la date du jugement d'ouverture, par référence au plafond mensuel des contributions d'assurance chômage, fixé à 16 020 euros en 2026 : 64 080 euros pour une ancienneté inférieure à six mois, 80 100 euros de six mois à deux ans, 96 120 euros au-delà de deux ans (C. trav. art. L.3253-17 et D.3253-5).
Oui, mais seulement après ordonnance du juge-commissaire, et pour des licenciements présentant un caractère urgent, inévitable et indispensable (C. com. art. L.631-17). L'ordonnance fixe le nombre de suppressions de postes et les catégories professionnelles concernées. Les créances de rupture nées pendant la période d'observation entrent dans le champ de la garantie AGS (C. trav. art. L.3253-8, 2°, a).
Les autres questions sont regroupées dans notre FAQ et les termes du dossier sont définis dans le glossaire des procédures collectives. La procédure voisine sans cessation des paiements est traitée sur la page paie en sauvegarde.
Code de commerce : L.621-3, L.622-17, L.625-1, L.631-1, L.631-7, L.631-14, L.631-15, L.631-17, R.625-1. Code du travail : L.1233-65, L.1234-19, L.1234-20, L.3253-6, L.3253-8, L.3253-16, L.3253-17, L.3253-19, D.3253-5. Valeurs 2026 vérifiées le 3 septembre 2026 et reprises de notre page barèmes et valeurs.
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